Durant les 10 dernières années, l’engouement des entreprises pour l’intrapreneuriat n’a cessé de croître. Source d’innovation et de transformation culturelle, l’intrapreneuriat est un levier fort d’engagement ! À condition que l’entreprise y soit préparée.

L’intrapreneuriat est un levier fort d’engagement qui encourage la prise d’initiative, l’autonomie, l’esprit d’equipe. (StockAdobe/Gorodenkoff)
L’intrapreneuriat est un levier fort d’engagement qui encourage la prise d’initiative, l’autonomie, l’esprit d’equipe. (StockAdobe/Gorodenkoff)

Véronique Bouchard, professeure de stratégie et d’organisation à l’emlyon business school et Guilain de Pous, responsable de l’intrapreneuriat au sein du studio d’innovation Schoolab, ont mis en commun leur expertise dans un guide qui dévoile les clés stratégiques avant de lancer un programme d’intrapreneuriat.

Pourquoi ce guide de l’intrapreneuriat ?

Chercheuse en intrapreneuriat, Véronique Bouchard a orienté une grande partie de sa carrière sur ce sujet. Une carrière autour de la recherche et de l’enseignement, qui l’a poussée à aller encore plus loin dans la transmission de ses connaissances et de son savoir autour de l’intrapreneuriat. « C’est un sujet dans lequel je crois énormément. L’idée de créer un institut est justement de pouvoir léguer mon patrimoine de savoir et de réseau constitué tout au long de ma carrière ». 

Ce projet est mené en mode intrapreneurial sous mandat d’emlyon. « Dans cette démarche, j’ai pensé qu’il était intéressant de constituer des briques de connaissances sur différents sujets en lien avec l’intrapreneuriat. L’objectif étant d’associer mes ressources et savoirs académiques avec les compétences et savoir-faire d’experts en matière d’innovation et d’agilité : incubateurs, start-up ». Le guide de l’intrapreneuriat constitue la première des quatre briques et s’adresse à des DRH, des intrapreneurs, des directeurs d’innovation. « L’idée de ce guide est d’apporter notre expertise et de créer une méthodologie de design et de conception de dispositifs pour des programmes d’intrapreneuriat ». 

« Il faut du temps pour lancer ce type de programme, deux à trois ans minimums »

La conception d’un programme d’intrapreneuriat n’est pas simple à mettre en œuvre. « On ne se lance pas dans un dispositif comme celui-ci sans une préparation en amont ! C’est l’intérêt de ce guide aujourd’hui très exploité ».

Il faut faire des arbitrages sur les priorités et les finalités du dispositif pour prendre les bonnes décisions et faire les bons choix avant de se lancer. Les entreprises sont souvent novices. Elles commettent des erreurs de conception. Par manque d’expertise, elles ont recours à des prestataires qui vont les guider vers des solutions pré-conçues mais très souvent non adaptées « Il faut savoir qu’il existe autant de dispositifs que d’entreprises, ce qui signifie que chaque dispositif est unique et souvent sur-mesure selon les finalités espérées par l’entreprise ou les sponsors ».

Une fois le dispositif lancé, on fait en sorte d’engager les intrapreneurs dans un processus qui est similaire au lancement d’une start up via un incubateur. « Il faut du temps pour lancer ce type de programme, deux à trois ans minimums. Un programme a besoin de mûrir pour donner un maximum de résultat et pour ça, il faut que quelqu’un y croit, quelqu’un de bien placé qui a des ressources. Mieux vaut attendre une année pour mettre en place les actions requises, plutôt que lancer un dispositif et se planter« .

Les bienfaits de l’intrapreneuriat

L’intrapreneuriat a une double valeur : l’une sur le capital humain et l’autre sur la performance en termes de business. C’est un véritable outil d’innovation qui permet de fidéliser les talents à haut potentiel, de générer de nouveaux revenus et de stimuler la transformation humaine et culturelle d’une entreprise. C’est un fort levier d’engagement en interne qui encourage la prise d’initiative, l’autonomie et l’esprit d’équipe.

Pour l’intrapreneur, c’est une réelle opportunité de développer son réseau et d’acquérir un socle de compétences pour la suite de sa carrière et ce, quelle que soit l’issue du projet. Il va devoir montrer qu’il peut être digne de confiance, constituer des preuves sur la faisabilité technique et la viabilité du projet, prouver que le produit peut se vendre ou qu’il peut trouver des partenaires : « À chaque étape traversée, il y a un bénéfice énorme d’apprentissage. C’est l’une des meilleures écoles en termes d’évolution personnelle et professionnelle. En revanche, il faut que cette personne soit accompagnée par des coachs car il y a forcément des moments difficiles ».

Pour l’entreprise, c’est une solution très frugale à faible budget. Le programme avance étape par étape, il y a alors un investissement et un engagement progressif de l’entreprise. À tout moment elle peut se désengager si le projet n’est pas viable. À l’inverse, l’aboutissement d’un projet permet d’accélérer et intensifier le développement de nouveaux produits et services.

Une mise en œuvre qui se heurte parfois à des difficultés

Si elle est souvent génératrice de croissance, la mise en œuvre d’un programme peut se heurter à des difficultés non négligeables, l’un des plus gros enjeux de la réussite étant d’avoir les bons sponsors dès le départ. Pôle Innovation, services RH, responsables de Business Unit ou de la transformation, supérieurs directs…  « Les sponsors sont les personnes ou BU qui vont croire au projet, le soutenir, le défendre et le financer. Si les sponsors ne sont pas fiables dès le départ, le risque est qu’ils lâchent le projet en cours de route. L’impact sur les équipes engagées est alors catastrophique ».

Autre facteur d’échec : la communication, qui est primordiale. « Ce genre de dispositif requiert un investissement de chacun et génère parfois des changements d’attitudes et de comportements en interne, pas seulement de la part des personnes engagées, les intrapreneurs, mais de tout leur entourage. La direction, les managers, les RH, les services supports … Pour que le dispositif fonctionne, il faut que tout le monde soit investi. Et une mauvaise communication entre les parties prenantes peut générer l’abandon en cours du programme ».

Dernière chose, certaines entreprises se lancent parfois dans des programmes d’intrapreneuriat pour de mauvaises raisons. « Souvent pour des motifs de communication dans une optique de rétention des talents. Mais il n’y a pas de véritable engagement des sponsors ! Le programme est alors voué à l’échec ».

Et pour la suite ?

À l’issue du webinar « Responsable d’intrapreneuriat : un métier en construction » qui s’est déroulé le 24 juin dernier sur le rôle du responsable d’intrapreneuriat, une nouvelle brique de connaissance va être générée prochainement. Qui sont les responsables d’intrapreneuriat ? Quel est leur parcours ? Quelles sont leurs principales missions ?

Une autre brique est développée en ce moment avec l’incubateur de Makesense qui accompagne entrepreneurs et intrapreneurs sociaux et les soutient dans le développement de projets à fort impact social et environnemental.

Et on se projette sur l’ouverture de l’institut autour du 20 septembre avec l’annonce des partenaires corporate et le lancement du site web de l’intrapreneuriat. « Je crois beaucoup à l’apprentissage par les pairs. On apprend beaucoup des uns et des autres. C’est l’un des premiers objectifs de cet institut » confie Véronique Bouchard.

 

source : hello work place